AIT AHMED A PROPOS DES ELECTIONS EN IRAN

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« Ne pas renier notre Histoire et concilier notre socle culturel avec les valeurs universelles » 

Texte de l’intervention de Hocine Ait Ahmed à la réunion d’information et de soutien au pe uple iranien, le 24 juin 2008 à Paris.  


Je dois d’abord vous dire pourquoi je suis là. Je suis là parce que ma solidarité va automatiquement à toutes les luttes pour la liberté, pour les libertés. Et les Iraniens, le peuple iranien, ont besoin aujourd’hui de toute notre solidarité pour que sa voix ne soit pas étouffée.   Mais au delà, je suis là parce que l’Iran a pour moi une résonance particulière.   Il s’agit d’une lutte pour la liberté dans le cadre d’une société islamique. Or, quel que soit le poids très lourd des préjugés et des calculs politiques qui voudraient que cette liberté soit un concept exclusivement occidental, la liberté est bien une valeur UNIVERSELLE.  

J’insiste sur ce point. Car par delà les remous médiatiques, les spéculations nées de l’ignorance ou de calculs à caractère colonialiste, il ne faut surtout pas se méprendre.  

Ce qui se joue aujourd’hui en Iran, dans cette république islamique née d’une révolution religieuse contre la tyrannie, est un problème universel qui se pose à une société particulière à un moment particulier de son histoire.  

 Aujourd’hui en Iran, une partie importante de la population, du clergé, et de l’establishment politique et religieux expriment un désir très fort de réforme et d’ouverture à l’intérieur du cadre de la révolution islamique.  Vouloir réduire ce combat à une instrumentalisation à visée néo-colonialiste, néo-impérialiste ou néo- je-ne-sais-quoi est pire qu’un mensonge, pire qu’une imposture : c’est un déni de réalité. 

Nous avons l’habitude de ce déni, nous peuples « du sud ».    

Ce déni est le mode de gestion des régimes qui affirment tirer leur légitimité des peuples et les représenter, mais qui lancent leurs milices contre ces mêmes peuples dès que souffle le moindre vent de liberté.  Certes nous vivons une époque bien curieuse. D’un côté, les colonialistes sont de retour et revendiquent sans vergogne « les bienfaits de la colonisation ».  

Face à eux, des pouvoirs corrompus et illégitimes font dans la surenchère nationaliste…tout en remettant au goût du jour les pires méthodes coloniales dans la conduite des affaires nationales. Cela leur permet de poursuivre des méthodes de gestion qui empêchent toute évolution et toute ouverture sur de nouvelles perspectives sociales, culturelles et politiques.  La réalité de cette donne ne change rien aux questions que pose l’Iran aujourd’hui.  

Et ces questions sont aux antipodes du simplisme et de la contre information que certains veulent nous servir. Il suffit pour s’en convaincre d’entendre les manifestants iraniens scander aujourd’hui « Allah o Akbar » ou « Mort aux dictateurs », les slogans de la révolution islamique de 1979 utilisés par leurs parents contre le Shah.  En réalité, les questions posées par le formidable mouvement protestataire des peuples iraniens et la réémergence exemplaire et pacifique de ses aspirations démocratiques sont simples :  

Comment lutter contre la tyrannie ? Comment organiser la contestation d’un ordre étouffant sans quitter son propre socle culturel ? Sans renier son Histoire ?  

Le véritable enjeu est là. Et il se moque des manipulations, des « complicités » régionales et internationales, réelles ou supposées. Je disais que l’Iran a pour moi une résonance particulière.  C’est que je viens d’un pays, l’Algérie, dont la lutte pour l’indépendance, la révolution ont été motif de fierté universelle pour les hommes de ma génération. Mon pays a payé cher pour atteindre cet idéal qui est, et reste, l’indépendance et la souveraineté. Ce premier pas accompli, la longue marche vers la liberté, la justice et la démocratie n’a fait que commencer. Et cette longue marche n’a cessé d’être contrariée. 

Je viens de ce pays où un coup d’état a suivi l’autre, où les promesses de la révolution n’ont jamais été tenues, où les urnes servent où à légitimer les tenants du pouvoir ou à être bourrées quand le peuple se lasse ou s’insurge contre des dirigeants iniques.   Je viens d’un pays où la répression vient sauver ce que l’autoritarisme ne parvient plus à imposer.    

Vous comprendrez donc que tout cela éveille en moi une sensibilité particulière à la lutte pour la liberté des Iraniens. Vous comprendrez aussi que je n’ai aucun complexe à dire que s’être battu une fois pour la liberté n’est pas une garantie d’infaillibilité. Et encore moins une garantie d’impunité.  Aujourd’hui, nous devons être réaliste face à la situation qui prévaut à Téhéran.  N’oublions pas le précédent algérien d’octobre 1988 où des centaines de milliers de jeunes, exclus et désespérés, avaient déferlé dans les rues de mon pays en scandant : « Nous sommes des hommes, nous sommes des hommes ».  On pourrait s’étonner que ce formidable coup de semonce n’ait pas été fatal au système militaro- policier algérien, surtout au moment où se profilait l’effondrement du système totalitaire soviétique. Il n’en a rien été. La répression est venue écraser la révolte d’une jeunesse à laquelle le régime refusait à la fois des conditions d’existence dignes et les moyens pacifiques de les revendiquer.   Comparaison, dit-on, n’est pas raison : Alger n’est pas Téhéran et Téhéran n’est pas Alger.    

Mais le quasi-coup d’Etat qu’a constitué une fraude électorale massive en Iran montre que la faction la plus radicale entend désormais exclure du jeu politique les tendances un peu plus « ouvertes » du régime. Et que, paniquée, elle ne veut plus de ces scrutins qui peuvent, malgré tout, constituer une brèche dans le système comme le fut l’élection d’un président « réformateur » Mohammad Khatami.  

Aujourd’hui, les « gardiens de la révolution » et le Guide sifflent la fin de la récréation, la presse étrangère est priée d’aller voir ailleurs, les arrestations se multiplient, les tirs à balles réelles remplacent les tirs de sommation et commencent à tuer. Certes, tout n’est pas joué. Certes, les Iraniens continuaient aujourd’hui même à réclamer leurs droits en défiant les matraques des bassidj. Mais tout indique que la rue, peu à peu, risque de se vider et que la normalisation pourra se faire à huis clos.  Comment dès lors anticiper et empêcher une répression qui s’annonce implacable ?  

C’est aux Iraniens de nous dire ce qu’ils attendent de nous. Mais d’ores et déjà, nous leur devons une chose face à l’impuissance des institutions internationales de droits de l’Homme et à l’absence de recours auprès d’une réelle communauté morale universelle.  

Nous leur devons de ne pas nous laisser entraîner dans de sombres querelles idéologiques. 

Nous avons l’habitude de ces « repentis » exhibés à la télévision pour servir une chanson usée d’avoir trop servi : celle de « la main de l’étranger ». Il nous faut donc refuser avec force cet amalgame mortifère qui tente de délégitimer un mouvement en faveur des libertés et contre la tyrannie en l’assimilant à je ne sais quelle déviance occidentale. Ne nous laissons pas culpabiliser par des rodomontades nationalistes qui sont l’arme favorite de tous les totalitarismes.  

Car, et j’emprunte une expression de mon ami iranien Ahmad Salamatian, ce sont aujourd’hui les képis et les armes qui pointent sous les turbans. Et ils visent à étouffer dans l’œuf une formidable aspiration à la liberté.    

La contestation iranienne ressemble fort à une deuxième révolution non violente et porteuse de messages positifs au sein d’un tiers monde trahi par ses libérateurs oppresseurs.   Je le redis avec force. Nous devons, nous, peuples du sud, donner à cette quête de liberté les contours qui nous permettent de ne pas renier notre Histoire et de concilier notre socle culturel avec les valeurs universelles.    

C’est là notre vrai défi. Et c’est aussi ce qui se joue à Téhéran. 

6 Réponses à “AIT AHMED A PROPOS DES ELECTIONS EN IRAN”

  1. Smail dit :

    La liberté est une valeur universelle!Ait Ahmed toujours fidéle à lui-meme,s’en fait un fervent défenseur.Il n’a pas hésité à s’envoler au secours des iraniens pourtant vivant sous une République dite Islamique.La démocratie ,Ait Ahmed en fait son crédo, son repas de midi et son diner le plus doucereux!
    Sacré si El Hocine!Tu es sollicité de partout!Bon courage Da El Ho!

  2. Smail dit :

    Pkoi mes commentaires ne sont pas affichés sur ce blog?A-t-il été fermé?Si oui,il va falloir nous le signaler.Merci au modérateur!

  3. smail dit :

    Nous , peuple opprimé,n’avons qu’une seule liberté , c’est celle qui consiste à lutter pour conquérir la liberté!Les régimes despotiques ne sont pas préts de lacher du lest pour cette précieuse vertu!Ecrire liberté sur le bord de la mer,meme si celle-ci l’efface par ses ressacs,la liberté demeure ancrée dans l’esprit des hommes .La liberté de penser est une possession absolue de l’individu meme si celle du droit de parole nous est confisquée!Le peuple iranien a soif de cette liberté cherie!Il se bat sur le terrain en sacrifiant meme sa vie!Il cherche à repousser loin les limites de sa liberté!Il sait maintenant qu’il n’y a point de liberté sans courage!

  4. smail dit :

    Si l’Internationale Socialiste ne se solidarise pas dans l’immédiat,elle continuera à perdre du temps et du terrain au profit des systèmes capitalistes qui, eux ne se gêneront pas à se consolider outre mesure et à se barricader autour de leurs acquis!Agir avec célérité et en temps réel,reste l’alternative essentielle pour les pays émergents à se tirer d’affaire.Moult fois la sonnette d’alarme a été tirée par les petits partis socialiste sans que cette organisation internationale ne se meut!Faut-il encore sonner le glas pour que cette derniére engage de véritables offensives politiques pour sauver au moins les meubles?Suffit! Suffit ce laxisme étouffant;les socialistes,tous les hommes de gauche doivent commencer à aérer leurs politiques,alerter toute la communauté internationale et entamer un début de refonte!L’entraide internationale socialiste doit se concrétiser sur le terrain sinon ce serait une dérive totale de l’idéologie en attendant sa disparition pure et simple de la planéte dans les toutes prochaines années.Le père de l’idéologie Socialiste s’en mordrait les doigts dans sa tombe!Les dégâts seront grands et irréparables!L’exemple du parti socialiste français est frappant à plus d’un titre quand on sait tous les échecs cuisants qu’il a subi depuis plus de deux décennies tant la stérilité de ses actions sur le terrain se sont avérés caduques!A cause des divisions qui se creusent perpétuellement entre les rangs de sa direction nationale et sa politique de l’immobilisme tuant!Les peuples du monde entier continuent à espérer un changement mais les socialistes n’arrivent pas à leurs faire des propositions susceptibles d’apporter des solutions concrétes à l’amélioration de leur mode de vie quotidien.Cette fois-ci,L’Internationale Socialiste n’a pas le droit de se tromper de trajectoire politique et se doit de faire un choix judicieux dans le souci de répondre aux aspirations des populations de tous les pays de la planéte.Le temps est compté,le compte à rebours a commencé pour la survie du Socialisme dans le monde et l’immobilisme permanent n’est pas permis auquel cas ce serait une descente vertigineuse aux enfers.A bon entendeur salut!Le souhait est que cette réunion serve d’entame pour une reprise en mains des affaires politiques dans le monde par les hommes et les femmes de la gauche plurielle! Rendez vous dans votre panneau d’administration pour modérer les commentaires: http://cartonrougepolitique.unblog.fr/wp-admin/edit.php?page=spamkarma2

  5. Amaghar Azzamni a dit dit :

    Thomas Hobbes dit »L’homme est un loup pour l’homme »!La question qui se pose en prenant connaissance de cet aphorisme ou citation,est que le loup peut-il etre un homme pour les autres loups?Parmi tant d’agressivité,le loup est-il capable de sentiments profonds envers ses semblables?Tant qu’il y aura des loups,l’homme croira aux légendes.S’ils disparaissent,s’en est fait de notre mémoire!Le loup algérien est prédateur,hypocrite,cruel et menteur.Il pollue,limite le trop grand nombre de récalcitrants,élimine les faibles et les contraint à la retraite.Le loup algérien,a cette intelligence incroyable de trouver les moyens d’anéantir son prochain;il est aussi apte à détruire tout le pays pour asseoir sa souveraineté personnelle!Le loup est libre mais ne cède aucune liberté aux autres!
    Rien ne l’arrête,plus on le gave de nourriture,de confort,de bien etre et plus il en demande!Le loup algérien est insatiable!Il veut toujours etre le champion,le seul à savoir,à diriger!Il n’est jamais rassasié!Jusqu’où va-t-il pour assouvir sa faim de richesse,de domination et de pouvoir?Comment le faire reculer et lui apprendre à se contenter de ce qu’il a pour vivre aisément en lui montrant que le bonheur peut se trouver devant sa tanière et certainement pas en égorgeant »l’autre par perversité et cupidité « .Pour le loup d’origine algérienne,il n’y a que l’argent qui compte et c’est dommage, alors qu’il y a tant de choses à faire pour aider son prochain.Force de constater que la mort n’y peut rien face à ce phénomène:elle a beau prendre de meutes de loups mais la régénération se multiplie d’une façon vertigineuse à notre époque.
    Le loup existera donc pour toujours dans la jungle de la société!
    Aussi,comment vivrions-nous donc en société et éléverions-nous nos enfants ? A force de se le répéter,on perd le sens de la réalité qui nous entoure et on finit par nous considérer nous-meme comme des loups meme édentés!On finit aussi par s’éloigner de la politique et de toutes associations bénévoles!Car comme disait un de mes camarades de lutte »la pire des politiques est de ne pas en faire »!Je trouve ce constat bien juste car s’éloigner de la politique c’est se résigner pour la vie et laisser le loup dévorer l’homme!

  6. L.Smail du FFS dit :

    Le président des Etats Unis,Barak Obama a choisi le Ghana pour attirer l’attention les chefs d’états africains sur leur mode de gouvernance plutôt dictatoriale.Il faut dire qu’Obama n’a pas été par le dos de la cuillére dans son discours prononcé dans l’enceinte du parlement ghanéen où il a bousculé les responsables africains.Il souhaite un changement radical des institutions africaines et les exhorte à oeuvrer pour une démocratie reelle dans leurs pays!
    Reste à savoir si ces derniers sont décidés à lacher de leur emprise sur leurs peuples respectifs nonobstant la perte de beaucoup de priviléges inhérents à leurs fonctions.Barak Obama est-il décidé à accompagner un changement de gouvernance en Afrique?Va-t-il imposer ,en tant que puissance,une réelle démocratie dans un continent sujet à des renversements de régimes et de coups d’états à répétition?
    Lorsqu’il dit que les africains doivent se prendre en charge eux-mêmes pour le changement,laissera-t-il faire , tout en observant?
    Ou, est-ce vraiment un ultimatum lancé en sourdine aux chefs d’états
    africains pour les appeler à se conformer aux règles internationales dont ils sont le réel gendarme?
    Attendant pour voir la suite dans les prochaines années.

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